Skalas et Canons.
Il fallait, non seulement, défendre une « petite île » dont la réputation venait de la nuit des temps, mais aussi créer un port, une ville qui deviendrait une fenêtre sur l’océan. C’est de la foi d’un sultan, à l’idéologie peu commune que nous devons la création d’Essaouira et de ses remparts.
Imaginons cet océan battu par les vents dont le seul asile à des kilomètres à la ronde était la baie de Mogador. Cet endroit universel, il fallait le défendre et de cette imagination fertile sont nées les skalas et leurs fortifications.
Sur les traces des phéniciens et de leur « rocher », sur les ruines du « Castello Real » des portugais, fut donc édifié un ensemble à la Vauban, dont nous admirons aujourd’hui les fières allures; Les remparts dressés au-dessus des marées sont les gardiens de la cité comme le sont les dunes inventées quelques décennies plus tard pour protéger la ville de l’ensablement.
Ce lieu drainait déjà tous les échanges commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde. Destiné à devenir un grand port de commerce, il méritait d’être protégé en permanence et d’être pourvu de superbes défenses.
Les pierres de taille prélevées sur les ruines de la première forteresse ont servi à l’édification des tours et des plateformes, constituant la skala du port. S’élevant à près de 200 mètres, elles offrent une vue d’ensemble sur les îles, la ville et les bassins. Les deux tours carrées, flanquées de tourelles, encadrent la porte de la marine et protègent le port.
Au nord ouest, la skala dite « de la kasbah » ou « de la mer », énorme forteresse dressée face à l’océan se compose de remparts bordés de créneaux et d’un beau bastion en forme circulaire. Sous les remparts, les magasins destinés autrefois aux munitions et aux vivres, qui ont abrité durant plus d’un siècle les artisans de thuya, sont maintenant transformés en charmantes petites boutiques d’objets artisanaux.
Témoins silencieux mais éloquents d’un passé mouvementé, des canons s’alignent tout au long de l’esplanade surplombant la mer jusqu’à la forteresse.
Achetés pour la plupart en Espagne, ils sont en bronze, et le cuivre entrant dans sa composition provient du Mexique et du Pérou. Fondus entre 1743 et 1782, à Séville ou à Barcelone, mesurant environ 3,25 mètres de long ils étaient conçus pour lancer des boulets de 10 livres, à près de 1500 mètres. La ville compte quelques pièces antérieures à sa fondation et certaines bombardes ont été fondues au Maroc.
Sur la majorité de ces pièces d’artillerie des noms évocateurs tels Néron, Hamilcon, Glorioso
ou encore Léal sont encore lisibles, ainsi que des armoiries gravées dans le bronze et des inscriptions relatant la commande du sultan fondateur. Dans la gueule d’un des vieux mortiers, on peut encore voir un boulet de fonte sans doute destiné à quelque navire corsaire, ou rebelle ou bien européen indésirable, mais la plupart de ces canons ont été encloués par les troupes du Prince de Joinville après l’expédition française de 1844.
Le 14/08/10 par Solange Barault Clips Mag
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