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Les « Regraga » font le Printemps

Le 2011-01-31 19:33:13

Regraga Les visiteurs qui ont la chance de passer par ici entre la deuxième quinzaine de Mars et la fin du mois d’Avril peuvent assister au légendaire pèlerinage qui a lieu chaque année au printemps.

 

 

 

 

 


Histoire Essaouira :Les « Regraga » font le Printemps

Les visiteurs qui ont la chance de passer par ici entre la deuxième quinzaine de Mars et la fin du mois d’Avril  peuvent assister au légendaire pèlerinage qui a lieu chaque année au printemps. Akermoud est le point de départ de cette pérégrination qui traverse Essaouira environ 15 jours après. Leur entrée par la porte Bab Doukkala y est solennelle, colorée et pittoresque.

Dans toute la région, fêtes, moussems et fantasias se succèdent en effet durant quarante quatre jours afin de célébrer les 7 saints qui ont donné naissance à cette confrérie. Au cours de la tournée, outre les 7 tombes, d’autres lieux de culte sont visités, dont Moulay  Bourzektoum, (spot de surf bien connu) appelé «  Saint aux 2 tours » car les processions y passent 2 fois.

Aucune trace écrite ne confirme ou n’infirme l’histoire de ces berbères « chrétiens » dont les ancêtres seraient venus d’Andalousie  avant l’Islam. Installés au nord de la province actuelle, sur le mont Jbel el Hadid, ils étaient apôtres de Jésus ou Sidna Aïssa, jusqu’à leur rencontre avec le prophète à Médine. A leur retour, ils auraient répandu l’islam dans toute la contrée, se faisant les fervents défenseurs de la foi. En réalité, nul ne sait si les Regraga sont des berbères arabisés ou des descendants de tribus arabes conquérantes. Il n’en reste  pas moins que la ferveur populaire qui entoure le « Daour » chaque année ne se dément pas et les raisons en sont nombreuses. On assiste là à un « soufisme » populaire dont les racines plongent dans des croyances païennes.

Les Regraga amènent la « baraka », la chance, à ceux qui suivent le pèlerinage où  les rencontrent lors de leur passage dans les villages. Ils sont bénéfiques aux récoltes, soignent les femmes enceintes ou stériles, recevant offrandes et dons en échange de leurs miracles. Les symboles principaux de la « baraka » des Regraga sont : la Fiancée ou Laaroussa et la Tente ou Khaïma. La première, sous forme de poupée blanche et fleurie, est promenée dans les champs au printemps pour invoquer la pluie. On l’appelle Laarousa Chta (fiancée de la pluie). La deuxième  est fabriquée en « doum » sorte de palmier-nain. On la  transporte à dos de chameaux tout au long du pèlerinage afin d’abriter  les chefs des « Zaouïas » (chapelles) des chefs Regraga.

Les saints sont vénérés comme « moines-soldats », ayant de tout temps lutté contre les infidèles tant Arabes qu’Européens. N’ont-ils pas brillé dans la victoire contre les Portugais au XVI° siècle ?
Ferveur religieuse donc, mais aussi économique car dans la croyance paysanne, tout ce qui est acheté durant le Daour a plus de valeur, ce qui explique l’abondance et l’effervescence  des souks durant cette période. Semblables à  une « cour des miracles, des villages entiers de tentes de toiles se font et se défont chaque jour au gré de la tournée avec marchands, forains, rengaines musicales, marchandages et larcins.

Et puis c’est la fête, le rassemblement familial dans les campagnes, presque au même titre que le grand Aïd. Le souk de Had Dra, (le dimanche) reçoit avec les « Regraga » une des plus grandes Fantasia du Maroc !

Enfin, les Regraga entretiennent d’excellentes relations avec le pouvoir central.  Ils reçoivent chaque année un don Royal en échange duquel ils fournissent un apport important en fruits secs et henné. Leur ferveur empreinte de rites berbères est en effet un rempart contre l’intégrisme. Le sultan Mohamed Ben Abdallah fondateur d’Essaouira,  les a visités en 1784 et le Gouverneur de la Province entre dans la ville avec eux chaque année. Le cortège est mené par « Laaroussa » (la fiancée), en réalité un jeune homme vêtu de blanc juchée sur une jument blanche.  Il est précédé  par des adeptes des Regraga  qui transportent précieusement le coffre en bois recelant les dons et aumônes récoltés tout au long du chemin. Des troupes de musique Gnaoua accompagnent la procession, à la grande joie des enfants, badauds et touristes.

 

 Le 31/01/2011 fait par Solange BARAULT 


 

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